Fraude dans les soins de santé (et au-delà) : les chiffres appellent à la nuance, pas à la recherche d’un bouc émissaire
Poursuivons cette analyse, faisons vérifier ces constatations en profondeur, et faisons-les également confirmer par d’autres. Sur cette base, abordons le processus de manière nuancée, sans focalisation excessive ou inappropriée.
Le rapport annuel 2025 du Service d’évaluation et de contrôle médicaux (SECM), publié en mars 2026, donne un aperçu des montants indûment facturés dans les soins de santé belges. Les chiffres sont importants, mais appellent à la nuance : ils ne désignent pas un seul groupe professionnel comme étant à lui seul responsable du problème.
Les grandes lignes
En 2025, 334 enquêtes de contrôle ont été clôturées. Ensemble, elles portaient sur 15,86 millions d’euros de montants indûment facturés. Parmi celles-ci, 47 enquêtes concernaient spécifiquement des fraudes, pour un montant total de 4,34 millions d’euros.
Cette distinction est importante : une facturation indue ne constitue pas automatiquement une fraude. En matière de fraude, l’INAMI établit notamment une distinction sur la base de l’intention et de la mauvaise foi.
Répartie dans l’ensemble du secteur des soins
La répartition des enquêtes de contrôle montre également que différents groupes sont concernés. Chez les dentistes, 123 enquêtes ont été clôturées, contre 88 dans les établissements de soins et 46 chez les médecins. Des enquêtes ont également été menées auprès d’infirmiers, de kinésithérapeutes et d’assurés.
Si l’on considère spécifiquement les 47 enquêtes pour fraude, 40 % concernaient des dentistes, 26 % des infirmiers et 23 % des médecins. La fraude ne se limite donc pas à un seul groupe professionnel.
« La fraude ne se limite pas à un seul groupe professionnel. »
Les montants diffèrent en outre fortement selon les groupes. Chez les médecins, par exemple, le montant moyen par enquête pour fraude était plus élevé que chez plusieurs autres groupes. Dans les établissements de soins, les montants totaux sont en revanche nettement plus élevés, mais il s’agit dans ce cas d’institutions et non de prestataires de soins individuels.
Une meilleure détection
Les nouvelles technologies peuvent permettre de détecter plus rapidement la fraude. L’Agence InterMutualiste (AIM) teste des systèmes capables de repérer automatiquement des schémas de facturation atypiques. L’INAMI souhaite étendre davantage cette approche.
Cela pourrait conduire à des chiffres plus élevés à l’avenir, parce que la fraude sera mieux détectée.
Une augmentation du nombre de cas constatés ne signifie donc pas automatiquement qu’il y a également davantage de fraude.
Pas liée à une région
Certains dossiers ont bénéficié d’une importante couverture médiatique, tant en Flandre qu’en Wallonie. Cela ne constitue pas en soi une preuve qu’une région connaîtrait structurellement davantage de fraude que l’autre. Pour pouvoir l’affirmer, il faudrait disposer de davantage de données que de quelques dossiers individuels.
Conclusion
Les chiffres du SECM montrent que les facturations indues et la fraude constituent un problème réel au sein des soins de santé. Ils montrent en même temps que le problème est réparti entre différents groupes professionnels et différentes institutions.
Ces chiffres constituent donc avant tout une raison de continuer à améliorer les contrôles et la détection — et non de désigner sans nuance un seul groupe professionnel ou une seule région comme responsable.